Image & conflit
L’Histoire des Gilets jaunes Par Nous, un film de 1h42, raconte 1 an de transformation du mouvement gilets jaunes du 17 novembre 2018 au 17 novembre 2019, de son premier jour a son premier anniversaire. Dans un format chronologique, en quatre chapitres la narration témoigne de différents sujets du mouvement : la lutte contre les représentants politique, les 2000 points de blocages et les dynamiques d’expulsions/ré-occupations, les actions directs et les manifestations centralisatrices, la défense de position commune face a la justice, le soin des blessées et prisonniers, les débrayages autonomes dans des usines et l’incapacité général du mouvement a attaquer l’organisation du travail tout entier. Ce qui nous intéresse dans cette article, sont spécifiquement les échos internationaux qui resurgissent tout au long de la chronologie de 1 an des GJ.
Bien que le sujet de l’international se manifeste quatre fois, nous souhaitons approfondir la distinction entre une première séquence international (novembre 2018/janvier 2019) de la dernière (août/novembre 2019). Nous sommes convaincus que les soulèvements simultanés dans une douzaine de pays (août/novembre 2019) sont un réel saut qualitatif qui se produit dans l’été et l’automne 2019, à l’échelle internationale, dans lequel se sens concerné le devenir du mouvement des Gilets jaunes.
Il en est d’approfondir le sens politique de ces deux séquences en distinguant l’image de la lutte de son contenu réel. Une image se propage plus rapidement qu’un conflit. C’est pour cette raison que notre rôle n’est pas de repartager des visuelles mais de les interpréter dans un conflit de classe. Dans cette perspective, la dimension internationale n’est pas secondaire : elle est essentielle si nous sommes concernés par la question de la révolution.
Dans la première séquence, le gilet devient un symbole transnational où chacun y projette sa propre manière de rendre visibles ses propres revendications. Cependant, dans la dernière séquence, ce n’est pas la « contagion » de l’image qui est mise en avant, mais l’intensification des liens et des échanges entre des mouvements qui se déroulent simultanément dans différents pays. Si, au début, les situations international n’étaient qu’une simple appropriation/projection de l’image des Gilets jaunes, à la fin, cette image est complètement dépassée. Le gilet, qui symbolise au départ une protestation nationale, cherche désormais, dans le contenu réel des autres luttes les moyens de s’étendre, de dépasser ses propres limites ainsi que celles des autres mouvements dont il s’inspire.
Ces mouvements ne sont pas apparus simultanément par un alignement mystique de trois planètes durant l’année 2019, mais parce que l’économie mondiale repose partout sur un même principe : l’exploitation d’une classe. La lutte ne peut émerger qu’en faisant boule de neige. Il faut bien que cela commence quelque part et il ne s’agit pas de prétendre que tout a commencé avec les Gilets Jaunes, dans une perspective autocentrée ou nationaliste. Ce qu’il s’agit d’affirmer, c’est que toutes ces luttes sont connectées parce qu’elles sont structurées par des conditions sociales communes, dans une même période de crise du capitalisme mondial.
Il n’y a jamais un seul fil explicatif, mais les mêmes causes peuvent produire les mêmes effets. Pendant le mouvement GJ, nous n’avions pas le temps de comprendre la différence entre le soulèvement de la Guinée ou de la Catalogne… Nous n’avions pas le temps de comprendre les soulèvements internationaux dans leurs singularités, mais nous avions le temps en revanche de ressentir une énergie.
Un mouvement survit par sa capacité à être rejoint. Un mouvement est rejoignable parce qu’on en parle et débat, traduit et diffuse. Les luttes lointaines, les soulèvements ailleurs peuvent amplifier la rejoingnabilité global des mouvements. Ils en nourrissent constamment la continuité, la mémoire active, et les conditions de résurgences de nouvelle conditions de rejoignabilité.
Le sillage d’un mouvement est une entame, une brèche qui peut ouvrir la voie. Combien de fois avons-nous entendu la phrase, « Quand ça pétera vraiment, je vais y aller! » ? Cette phrase s’applique vraiment.
Novembre 2018 – Janvier 2019
Tout d’abord, analysons la première séquence du film qui traite de l’international.
« Alors que le Burkina Faso, le Soudan et le Zimbabwe manifestent contre le coût du carburant sans le symbole du gilet jaune, en Irak une nouvelle vague de manifestations anti-corruption récupère le symbole du gilet jaune pour relancer leur lutte. »

« Comme lors du printemps arabe en 2011, les manifestations éclatent par grappes. Les activistes s’imitent les uns les autres. Ils réagissent aux mêmes problèmes sociétaux qui se chevauchent dans le monde. » … « La véritable raison du mouvement est l’injustice sociale, et celle-ci est bien planétaire. »
La narration fait la liste d’une quinzaine de pays et exposent 25 images de manifestant internationaux qui agitent le chasuble jaune.
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A Taïwan, une organisation réformiste qui lutte au nom de la justice fiscale s’approprie les couleurs pour prendre la rue.
Au Pakistan, c’est un instrument de visibilité sectorielle, porté par des ingénieurs en grève pour revendiquer une revalorisation salariale.
Au Maroc, il est arboré par des commerçants et conducteurs de taxis contre une réforme.
Au Portugal, comme en Belgique, contre les taxes et la vie chère, pleins d’appels à bloquer le pays tournent sur internet pour bloquer les routes et les villes.
En Irlande le gilet jaune cristallise une colère sociale face à la crise du logement.
En Grèce et au Liban, le gilet jaune évoque l’austérité post crise financière.
En Irak, il manifeste pour les services publics et contre la corruption politique qui en détourne les fonds.
En Israël, en Bulgarie, En Roumanie, au Pays-Bas, en Hongrie, aux Etats-Unis, en Pologne ou en Serbie, les gilets jaunes manifestent contre la concentration des pouvoirs, contre l’effritement des droits démocratiques, le recul de la justice ou les dérives autoritaires.
En Serbie, Slovénie et en Croatie, le gilet jaune est porté par une jeunesse marginalisée, les médias nous rapportent la cause comme l’exclusion du marché du travail et le déclassement social.
Au Canada, le gilet jaune est utilisé dans des manifestations contre la taxe carbone, mais aussi contre l’immigration, suggérant une droitisisation possible du symbole, dont l’écho se fait en Australie, Allemagne, France et probablement d’autres…
En Italie, il est récupéré à la fois par des nationalistes contestant les taxes et par des opposants aux politiques migratoires.
Alors que des manifestants pro-Brexit brûlent des drapeaux de l’union européenne devant le parlement, la gauche aussi le récupère pour une marche contre les conservateurs et leurs politiques d’austérité.
En Tunisie, l’arrestation d’un homme en possession de 50 000 gilets jaunes révèle la force latente d’un symbole capable de préfigurer une révolte avant même qu’elle ne prenne forme.
En Égypte, l’État interdit sa vente avant même que la contestation n’émerge, par peur de mimétisme. La visibilité est menace. Le gilet jaune devient alors un spectre : ce qu’il aurait pu représenter suffit à justifier sa répression.
Il n’y a pas de coordination politique, il suffit de le mettre pour adhérer, le gilet a le mérite d’être facilement porté.
Un moment historique où des travailleurs du monde partagent une même colère contre la crise du capitalisme, mais la projettent différemment selon des subjectivités nationale ou sectorielle.
Immédiatement reconnaissable, le gilet devient une forme-monde facile à revêtir, une image transférable se propageant plus vite que le conflit, mais ce n’est pas l’image du mouvement qu’il faut s’attacher à étendre mais son contenu/conflit de classe.
On peut parler d’une forme de contagion mais moins marquante qualitativement que les déroulement qui suivront.
Février 2019
Le mouvement Gj est traversé par nombreux événements à l’international, notamment en Algérie et a Haïti.
En Haïti et en Algérie, des manifestations massives éclatent contre les président Jovenel Moïse et Bouteflika. Ses deux mouvements se transforment en de vaste rejet des régimes politiques en place. Pas de partis politiques majeurs à la tête de ces mouvements, les gens s’organisent via les réseaux sociaux ou en dehors des cadres traditionnels des syndicats et partis.
Entre l’Algerie et la France, il y a une reconnaissance partagée des mouvements, les pancartes circulent, des discours en manifestations, des publications sur les réseaux sociaux.
« Macron soutient Bouteflika, les Algériens soutiennent les Gilets Jaunes ». (Slogan de manif à paris en février 2019)

« Nous apprenons que la répression est une économie, les armes utilisées contre nous sont vendues à l’étranger et même à des pays anciennement colonisés. Le capitalisme de sécurité hégémonise des intérêts impérialistes et financiers, la répression des luttes s’inscrit dans un business mondial de la sécurité. »
Dans cette seconde phase d’internationalisation, les mêmes armes nous répriment ailleurs. Dans le corps à corps avec les Etats, il y a un développement d’une conscience gilets jaunes international. La synchronie de ses trois soulèvements, débrayant d’abord contre la corruption d’une faction bourgeoise au pouvoir, participent à la tendance insistante des mouvements à attaquer le système tout entier.
Juillet – Novembre 2019
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Venons-en enfin à la troisième séquence internationale, de l’été 2019 jusqu’au mois d’octobre/novembre 2019. Il y a une escalade de soulèvements que le film expose chronologiquement, jusqu’au 15 novembre 2019 en Iran. Dans le film, on n’évoque pas la Colombie qui se soulève le 19 novembre 2019 parce que le film s’arrête le 17 novembre 2019 sur l’anniversaire des GJ.
Dans des contextes divers : Hong Kong, Indonésie, Chili, Irak, Équateur, Bolivie, Iran, Catalogne, Liban, Guinée, Colombie. La densité d’événements en un laps de temps si court invite à poser la question d’un « cycle de luttes », au sens où s’y manifeste une accumulation d’expériences, de tactiques, et une reconnaissance mutuelle des soulèvements comme moments d’une même séquence historique.
AOÛT 2019
À Hong Kong, les deux mois d’occupation de l’université et l’occupation de l’aéroport international le 12 août attirent l’attention mondiale. Des étudiants des universités, travailleurs précaires, chauffeurs de taxi, enseignants rejoignent l’indignation contre un projet de loi mais aussi le soulèvement qui dépasse la revendication initiale.
En Indonésie, le 19/21 août : des violences racistes et des arrestations d’étudiants Papous donnent suite à des émeutes. Des bâtiments publics sont incendiés à Manokwari et Jayapura.
Les causes déclencheurs de la lutte sont différentes, lutte contre l’extradition et l’Etat Chinois à Hong-Kong et contre racisme colonial étatique en Indonésie. Mais depuis le mouvement gilets jaunes, l’écho qui nous arrive est l’emploie des tactique « Be water » Hong Kongaise pour contourner le contrôle sécuritaire indonésiens.
Une seconde vague surgie en Indonésie, du 23 au 30 septembre, une mobilisation massive contre une série de lois liberticides : l’affaiblissement de la commission anticorruption et le renforcement du code pénal islamique. Comme à Hongkong, des universités sont occupées et il y a des affrontements avec la police à Jakarta, Bandung et Medan. Des étudiants sont tués par balles…
Dans la 4e Assemblée des Assemblées Gilets Jaunes, organisée à Montpellier, une commission d’une quarantaine de militants écrit un appel pour inscrire le mouvement gilets jaunes dans une séquence plus large, ils parlent d’ « un soulèvement planétaire ».
A Hong Kong, en septembre, les affrontements hebdomadaires continuent, occupations de centres commerciaux, il y a des développements techniques dans l’organisation sans cortège de tête avec l’évolution des pratiques de coordination en ligne de différentes spécialisation : guetteurs, frontliners, caillasseurs, medic, magiciens…
SEPTEMBRE 2019
En France, le 21 septembre, à l’Acte 45 des Gilets Jaunes à Paris, six lieux de départs de manifestations se concurrencent. Un mot d’ordre : « Be water ». La stratégie implique de retirer le gilet et de le remettre après avoir passé un cordon police ou encore de s’habiller en noir et avoir plusieurs affaires de change.
Ces jours-ci, les manifestants portant des gilets sont fortement réprimés avec des amendes de 135€.
« Dans une atmosphère confuse, alors que certains appellent à retirer le gilet pour éviter des amendes, d’autres appellent a le retirer pour se faire passer pour de bon citoyens. »
On pourrait penser que retirer le gilet rendrait le mouvement plus universel, plus accessible mais ce détachement lui fait perdre sa puissance. Or, retirer le gilet, c’est ouvrir la porte aux récupérations habituelles parce que le symbole du gilet concentre la négation de toute les trajectoires historiques de récupération et intégration des mouvements à l’état.
S’internationaliser, oui. Se diluer dans un citoyennisme récupérateur, non. Les manifestants en France qui portent la négation du gilet comme symbole d’unité, affaiblissent la portée véritable du mouvement.

OCTOBRE 2019
Le 1er octobre, en Irak, premiers resurgissements du mouvement contre la corruption. La répression est immédiate : snipers, coupure d’internet. En quelques jours, plus de 100 morts. Cette fois ci, les manifestants ne portent pas le gilet mais ils sont beaucoup plus nombreux.
Du 3 au 13 octobre, en Équateur, un accord avec le FMI fait supprimer des subventions sur les carburants, le prix du diesel double. La grève nationale des transports est rejointe par les étudiants et organisations indigènes. Trois champs pétroliers sont occupés et des routes bloquées dans plusieurs régions.
A Hong Kong, le 13 octobre, des manifestants brandissent des drapeaux catalans pour exprimer leur solidarité avec la mouvement Catalan.
En Catalogne, le 17/20 octobre, des slogans de soutien aux Chiliens dans les manifs.

En France, des banderoles de cortège de tête continue de mentionner les luttes de Hong Kong, Irak, Chili…
L’appropriation du parapluie dans d’autres appels nationaux à Nantes et Montpellier ancre le mouvement dans le souhait de s’approprier les techniques du moment, la technique des cônes de chantier pour étouffer le gaz lacrymogène est souvent mentionnée dans les espaces d’orgas gilets jaunes.
Au Liban, le 19 octobre, il y a apparition du slogan pour « Une révolution dans tout le monde arabe ! ».
Le 14 octobre, en Catalogne, gros déclenchement de manifestations après la condamnation des dirigeants indépendantistes. L’aéroport de Barcelone est occupé, comme à Hong Kong et en Indonésie. Violents affrontements à Barcelone, feux de rue, barricades, sans cortège de tête spécialisé, c’est tous les participants de la manif qui débordent de partout, participent avec la coordination en ligne comme à Hongkong. Le mouvement indépendantiste est d’abord nationaliste mais les pratiques d’affrontement et occupations produisent des liens nouveaux entre jeunes précaires, étudiants, ruraux et militants anarchistes.
Le 17 octobre, au Liban, après l’annonce d’une taxe sur l’application « WhatsApp », des manifestations massives dans tout le pays. Les routes sont bloquées et des places occupées.
Le 18 octobre, au Chili, les jeunes commencent par sauter les portiques du métro. Puis ils brûlent les stations. La revendication initiale contre la hausse du prix du ticket se généralise contre tout un système et histoire d’injustice cumulée. Santiago paralysée, état d’urgence déclaré. L’armée est déployée dans les rues.
Du 1er au 18 octobre, en Irak, Catalogne, Liban, Chili, la séquence est fulgurante. Quatre soulèvements démarrent en moins de trois semaines, occupation d’aéroport, blocages, sabotages, incendies, tous visent des symboles de l’État ou des infrastructures vitales, transports, communication, centre-ville.
L’usage de lasers pour déjouer la vidéosurveillance et déstabiliser les keufs circule de Hongkong au Chili, Liban et Irak.

Alors que les occupations Gilets Jaunes de ronds-points sont de plus en plus minoritaire, en Irak, à Baghdad, la place Tahrir devient un camp autogéré, avec infirmeries, cuisines collectives, bibliothèques, ateliers artistiques, conseils populaires. Au Chili, les assemblées territoriales sont des assemblées auto-organisés qui s’organisent dans les quartiers et villages.
Par rapport au mouvement des places de 2011, la séquence de 2019 est plus dynamique, les gens n’occupent pas pour s’asseoir et expérimenter des formes de démocratie directe qui ramène le mouvement à des états passif/figés. Ils occupent pour organiser, pour faire le trie entre les pratiques d’affrontements sur des bases d’efficacités et d’attention, ils partagent des infos et mesurent collectivement le rapport de force. Qu’est ce qu’on attaque et comment on continue ?
NOVEMBRE 2019
En Guinée, dans un rythme hebdomadaire comme les gilets jaunes, il y a des manifestations émeutière contre un 3e mandat du président Condé. Comme en Algérie et Haïti quelques mois plus tôt, la question dépasse la personnalisation du pouvoir, elle porte sur le système politique tout entier.
Du 15 au 20 novembre, en Iran, après une hausse brutale du prix de l’essence, en quelques heures, des centaines de villes et villages entrent en révolte. Comme en équateur, il y a des blocages des infrastructures énergétiques mais en Iran les affrontements sont beaucoup plus violents. Internet coupé, plus aucune info ne sort du pays.
En Colombie, le 21 novembre, une grève nationale contre une réforme néolibérale s’inspire des mêmes slogans qu’au Chili. Des scènes d’émeutes à Bogota et des barricades dans les quartiers périphériques. Le 23 novembre, la Colombie est le 5e pays à s’approprier l’usage des lasers contre des drones de surveillance.

En Colombie, le slogan chilien “Chile despertó !”(Chili réveilles toi) est adaptés en “Amérique du sud, Réveilles toi !”. Des drapeaux boliviens sont brandis et des manifestants parlent de la situation en Équateur. Sur les réseaux sociaux colombiens, des messages de soutien circulent en soutien aux manifestants Iraniens, car ils apprennent que 400 personnes ont été sauvagement tués par l’état iranien pendant la coupure d’internet de ces derniers jours.
7 tués en équateur. X en Guinée. X en Colombie. 36 morts au Chili. 13 en Indonésie, 23 en Bolivie ! Les chiens de l’état tirs à balles réelles en Irak et en Iran, 105 tué en Irak, 400 ou 500 tués en Iran.
On compte les bléssées par milliers, dont 24 mutilés en France, au Chili, 427 sont éborgnés avec des tirs de carabine anti émeute, chevrotine de caoutchouc et autres armes comme les bombes lacrymogènes! Le geste de l’œil crevé comme symbole de la répression policière est apropriés par les soulevmeent de Hongkong, Chili et France.


Des milliers d’arrestations à chaque soulèvement accompagnées de violences judiciaires prolongées, des militants hongkongais soulevées et portées disparus.
Tous ces soulèvements se heurtent aux répressions des États. Ce thème est largement repris par les gauches de différents pays, qui s’appuient sur ces violences pour contester les pouvoirs en place et les reformer. Mais nous ne pouvons pas nous contenter du statut de victimes et encore moins du réformisme, il nous faut une union fondée pas que sur l’impuissance face à la répression partagée mais sur les pratiques d’autonomie de classe face à celle-ci.
La conscience de classe naît dans le conflit. Ce que nous tentons de faire en créant des récits des soulèvements partagés c’est de montrer comment chaque évènement est une mise à jour du précédent, un endroit où l’on peut revenir, et raviver les recettes lors de futurs évènements.
On bloque une route sans autorisation, on allume une barricade. On se rend compte que l’on est nombreux. On parle, on mange, on s’organise pour tenir. On parle d’autonomie, d’insurrection, de tactique, de révolution. On ne vient pas du même endroit, mais on se retrouve au même point. La lutte rend possible la réécriture des appartenances, nous ne sommes plus des individus sujetsa la politique gouvernementale, nous sommes ensemble contre ceux qui empêche la révolution.
En France, les Gilets Jaunes ne s’identifient pas à une classe, au départ. Mais sur les ronds-points, dans la diversité, nous défendons l’unité du mouvement et nous posons les bases d’un sujet révolutionnaire.
Où en sommes-nous dans le cycle ?
Les soulèvements suivent des temporalités discontinues, marquées par des phases de montée, de stagnation et de contraction : occupations prolongées, insurrections brèves, vagues successives.
En France, le mouvement Gilets jaunes atteint son pic après trois semaines mais s’étend sur plus d’un an. C’est similaire au Chili, la révolte d’octobre 2019 paralyse le pays plusieurs semaines mais retombe sous la promesse d’une nouvelle constitution. À Hong Kong, la montée est lente mais maintient une intensité constante grâce à une mobilité tactique. En Iran, la répression écrase le soulèvement en quatre jours et ressurgit avec force qu’en 2022.
Malgré les défaites ou la répression, le mouvement revient, parfois des semaines, mois, années plus tard. C’est ce qu’on observe en Indonésie avec deux vagues consécutives de mobilisation, ou en Bolivie avec un soulèvement clivé entre protestation contre Morales puis contre le coup d’État.
Depuis 2015, en quasi-synchronie, le Liban et l’Irak connaissent des mobilisations majeures tous les 12 à 20 mois. Chaque mobilisation structure la suivante, des événements déclencheurs multiples, explosion, crise économique, des tragédies, des victoires… La résurgence vie de la mémoire des luttes local passées combiné à un apprentissage tactique collectif international.
Ce schéma se répète aussi en France, au Chili, en Indonésie, en Haïti ou au Soudan. Les retours de vagues sont stimulés par des révoltes voisines, en résonance transnationale. Collectivement nous nous raprochons d’un moment où pleins de mondes a plein d’endroits pensions la même chose en même temps : non pas pourquoi un mouvement échoue, mais quand es ce qu’il reviendra.
Pour nous la question, où en sommes-nous dans le cycle ? C’est se poser la question : où sont les forces du mouvement ? Comment vaincre la séparation encherchantce qui danschaque séquence de lutte dit d’un moment historique plus large ?